Activité thématique : décret paysage – partie 1

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I. Objectifs du décret paysage :

Article 3. – § 1er. Dans leur mission d’enseignement, les établissements d’enseignement supérieur en Communauté française poursuivent, simultanément et sans hiérarchie, notamment les objectifs généraux suivants :

  4° garantir une formation au plus haut niveau, tant générale que spécialisée, tant fondamentale et conceptuelle que pratique, en vue de permettre aux étudiants de jouer un rôle actif dans la vie professionnelle, sociale, économique et culturelle, et de leur ouvrir des chances égales d’émancipation sociale;

 5° développer des compétences pointues dans la durée, assurant aux étudiants les aptitudes à en maintenir la pertinence, en autonomie ou dans le contexte de formation continue tout au long de la vie;

 2° promouvoir l’autonomie et l’épanouissement des étudiants, notamment endéveloppant leur curiosité scientifique et artistique, leur sens critique et leur conscience des responsabilités et devoirs individuels et collectifs;

 6° inscrire ces formations initiales et complémentaires dans une perspective d’ouverture scientifique, artistique, professionnelle et culturelle, incitant les enseignants, les étudiants et les diplômés à la mobilité et aux collaborations intercommunautaires et internationales.

L’enseignement supérieur met en oeuvre des méthodes et moyens adaptés, selon les disciplines, afin d’atteindre les objectifs généraux indiqués et de le rendre accessible à chacun selon ses aptitudes.

 3° transmettre, tant via le contenu des enseignements que par les autres activités organisées par l’établissement, les valeurs humanistes, les traditions créatrices et innovantes, ainsi que le patrimoine culturel artistique, scientifique, philosophique et politique, fondements historiques de cet enseignement, dans le respect des spécificités de chacun;

 1° accompagner les étudiants dans leur rôle de citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, pluraliste et solidaire;

 

I.1. Mon avis sur les objectifs 

Les objectifs regroupent dans les grandes lignes les missions principales du corps enseignant. En tant qu’enseignant en Sciences, je rejoins le décret concernant la majorité des objectifs proposés à savoir enseigner et former à une matière ou un savoir-faire particulier, aider à développer l’éveil, la curiosité, favoriser l’échange et le partage des informations. Ces objectifs sont totalement en adéquation avec l’idée que je me fais des sciences elles-mêmes et de l’enseignement des sciences.

La référence à l’émancipation sociale est très pertinente, toujours à notre époque, les études supérieures sont synonymes de réussite sociale et sont encore un des moyens d’épanouissement et de réussite socio-professionnelle.

Certains objectifs, bien que très louables, sont malheureusement presque utopiques. Nous aimons tous à penser que l’enseignant est là pour aider l’étudiant dans sa vie citoyenne, dans son implication dans la société, cependant, ces éléments sont peu quantifiables et donc sujet à interprétation.

Avec ces différents objectifs, il est aisé de comprendre le décret en lui même mais également l’esprit du décret. La volonté d’améliorer ce qui existe déjà sans toucher au fondamental.

I.2. Choix hiérarchiques

L’objectif qui me parait primordial est l’objectif n°4. Il insiste sur l’idée que je me fais de l’enseignement supérieur : une formation de haut niveau. Plus que les autres caractéristiques de ce paragraphe, cette référence à une idée d’excellence et de qualité m’apparait comme l’élément principal à retenir. A l’inverse de l’enseignement secondaire, ayant un but de formation généraliste, l’enseignement supérieur doit permettre de se spécialiser dans un domaine professionnel particulier.

Suivent ensuite les objectifs 5 et 2, équivalents en termes d’importance. Le paragraphe 5 car il tient compte d’une formation continue sur le long terme. Ce besoin est plus que nécessaire en science où l’étudiant sera forcé à se renouveler régulièrement dans le cadre de son travail. Le paragraphe 2, indissociable du 5 montre l’importance de la passion et de la curiosité scientifique. L’autonomie acquise grâce à l’enseignement permettra à l’étudiant d’atteindre les objectifs du paragraphe 5.

La notion d’ouverture présente dans le paragraphe 6 est importante encore une fois dans le monde scientifique. Le partage d’informations et les relations internationales sont les moteurs de la recherche fondamentale et revêtent donc une importance particulière dans certains domaines.

A l’inverse, les objectifs 1 et 3 me semblent intéressants mais moins nécessaires et surtout bien plus difficiles à mettre en œuvre. De plus certains points demandent un recul et une neutralité politique, culturelle… qu’il est parfois difficile de conserver. Si dans les termes, les traditions humanistes, les traditions créatrices, le patrimoine… sont encouragés par tous, tout le monde n’en n’a pas la même interprétation ni la même notion. Cet objectif se risque sur le terrain des sensibilités personnelles et la frontière entre le prosélytisme et l’éducation deviendra de plus en plus ténue.

 I.3. Mon avis sur le paragraphe 2

§ 2. L’enseignement supérieur s’adresse à un public adulte et volontaire.

Cette phrase rend compte d’une différence primordiale entre l’enseignement supérieur et les autres types d’enseignement. Ici nous avons affaire, dans la théorie, à un public volontaire et motivé.

Ceci change le rôle de l’enseignant, nous n’avons plus à jouer un rôle d’éducation et de surveillant, notre temps peut être consacré majoritairement à l’enseignement d’une matière donné et à la formation. La présence à la plupart des cours se faisant sur base volontaire, ne restent en classe que les étudiants, à priori, motivés.

Dans la pratique, bien que la majorité des étudiants soient présents sur base volontaire, certains autres se lancent dans des études supérieures pour d’autres raisons, telles que la pression familiale, la pression sociale, le dilettantisme…Cette minorité d’étudiant est difficilement assimilable à un public adulte et volontaire, surtout lorsque les étudiants ne se considèrent pas encore comme adultes.

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6 réflexions sur “Activité thématique : décret paysage – partie 1

  1. Votre travail réalise une très belle synthèse entre une fidélité aux ressources fournies et une appropriation personnelle et critique de celles-ci. La présentation se fait dans un raisonnement structuré, systématique et dynamique. Non content de réagir personnellement à différents éléments, la réflexion se fait aussi constructive grâce à des propositions (votre troisième voie entre exigence, personnalisation et encadrement est à cet égard très riche). Je suis aussi heureux que vous ayez trouvé quelque intérêt général et pratique à la découverte de certaines ressources mutualisées. Pour mener le débat plus loin peut-être, vous insistez sur le maintien d’une implication financière de l’étudiant dans ses études. Mais celle-ci n’est-elle pas trop basse pour engendrer une réelle motivation ?

  2. Dernière chose : je me rends compte du caractère un peu artificiel de l’exercice d’hiérarchisation liée au décret paysage. Vous me signalez à juste titre des hésitations ou des impossibilités. Je les reçois 5 sur 5. L’objectif était surtout de vous faire rentrer dans le décret et d’en manier le vocabulaire et les échelons, ce que vous faites de manière très satisfaisante.

  3. Bonjour

    Merci pour vos commentaires.
    Concernant les frais d’inscription, mon analyse concernait tous types d’études supérieures (j’avais principalement en tête l’université avec ses droits d’inscription de 800€). Il est certains que 200€ de minerval aura une influence économique moins importante, mais je pense que l’effet de « principe » sera toujours là.

    Payer 200€ pour venir en touriste assister aux cours sera toujours du gâchis, ce n’est pas une énorme somme mais ce n’est pas non plus anodin
    A l’inverse sans frais d’inscription la tentation de papillonner d’amphithéâtre en amphithéâtres sera plus important…

    Évidement ça n’engage que moi 🙂

  4. Commentaire concernant ton choix hiérarchique des objectifs du décret:

    J’ai hiérarchisé de la même façon que toi les objectifs du Décret Paysage.

    À commencer par l’objectif N°4 : « Garantir une formation au plus haut niveau, tant générale que spécialisée… ».
    Je pense qu’il est du devoir des enseignants de garantir au mieux une formation de qualité permettant aux étudiants de prendre part activement à leur vie professionnelle future. Je dispense des cours de biologie à de nombreuses sections scientifiques (TLM (technicien en laboratoire médical), TIM (technicien en imagerie médicale), Logopédie, BSI (bachelier en soins infirmiers)). Ces premières années ont donc besoin de bases biologiques solides.

    Quant aux objectifs N°5 : « Développer des compétences pointues dans la durée…. » et N°2 : « Promouvoir l’autonomie et l’épanouissement des étudiants… », ils sont tout aussi importants ! Développer des compétences spécifiques en favorisant l’autonomie dans le contexte de formation continue me parait essentiel à l’heure actuelle où le professionnel est sans cesse obligé de se renouveler et de se « reformer », de s’adapter aux nouvelles technologies (particulièrement dans le monde scientifique !).Apprendre c’est tout au long de la vie que l’on s’y exerce ! Il est nécessaire de laisser une certaine autonomie aux étudiants, ce qui leur permettra d’être plus autonomes et responsables dans leurs manipulations au laboratoire dans leur futur métier.
    .
    Je te rejoins également quand tu énonces que certains objectifs (N°6, N°3 et notamment l’objectif N°1 : « Accompagner les étudiants dans leur rôle de citoyens responsables… » sont utopistes et donc difficiles à mettre en application en tant qu’enseignant. Certains facteurs (psycho-sociaux, familiaux, volonté et responsabilité personnelle, idéologie,…) entravent fortement le travail entrepris par l’enseignant et diminuent donc, il me semble, la pertinence de l’objectif N°1 du décret paysage.

    STREEL ANNE-SOPHIE

  5. Bonjour Thibaut,

    J’ai découvert avec intérêt le classement des objectifs que tu proposes et la justification que tu en donnes. J’y retrouve en partie mes propres réflexions puisque mon classement est au 4/6 commun au tien.
    Tu dis que l’enseignement supérieur doit permettre de se spécialiser dans un domaine professionnel particulier, cette affirmation fait particulièrement écho chez moi et pourtant …
    Mes étudiants se destinent à l’enseignement primaire et préscolaire. Durant les 40 prochaines années ils auront à prendre en charge la formation de base des enfants de 2 ans et demi à 12 ans. Je suis donc en permanence tiraillée entre la nécessité, à mes yeux, de former des maîtres instruits mais aussi des adultes citoyens, bien dans leur peau, soucieux du devenir des autres et du monde. Car si l’instruction, non seulement des matières qu’ils devront enseigner mais aussi d’une culture géographique plus large leur permettant de comprendre la complexité du monde dans lequel ils vivent et qui inévitablement va se transformer, est un pilier de la formation, que dire de la toute aussi importante nécessité de prendre une part active et responsable dans le devenir de nos sociétés ?
    Tu écris que les objectifs liés à l’accompagnement des étudiants dans leur rôle de citoyen et à la transmission de valeurs humanistes sont intéressants et louables mais peu quantifiables, moins nécessaires et surtout bien plus difficiles à mettre en œuvre. Bien que je respecte ta position que tu argumentes de façon très cohérente, je ne la partage pas entièrement.
    L’apprentissage de la citoyenneté se construit dès la petite enfance et en grande partie à l’école. Les mots « citoyenneté », « démocratie » et « solidarité » renvoient au fonctionnement des groupes humains et donc à la place que chaque individu peut/sait prendre au sein de ces groupes. Apprendre à s’y situer suppose l’apprentissage de compétences collectives. La classe n’est-elle pas un espace de qualité pour faire ses expériences et permettre l’épanouissement d’une personnalité tolérante, ouverte, curieuse et critique ?
    Ne penses-tu pas que poser des actes personnels ou collectifs en étant conscient de leur impact sur le cadre de vie (le nôtre ou celui des autres), contribuer aux questionnements de la société, clarifier nos valeurs et se sentir en accord avec nos choix sont des qualités primordiales pour faire face aux défis qui attendent nos étudiants ?
    En attendant une éventuelle réponse, je te remercie de m’avoir lue.

    • Bonjour Martine,

      Merci pour ton commentaire. Je suis d’accord avec toi sur le fond et sur ce que tu décris concernant l’apprentissage de la citoyenneté.. Je pense en effet que l’enseignant maternel et primaire y jouera un grand rôle. Cependant comment baliser correctement cette mission ? Comment arriver à apprendre les valeurs citoyennes aux enfants sans se retrouver à imposer nos propres valeurs (avec toute la subjectivité que ça implique)?

      Je pense par exemple au cours que tu dispenses, notamment quand tu avais parlé de géographie alimentaire (je ne sais plus si c’était le terme exact désolé). Il est en effet important de sensibiliser les enfants aux problèmes de transports, de culture intensive ou autre mais il faut aussi veiller à ne pas tomber dans le jeux des lobby écolo qui agitent un épouvantail « Monsanto » dans chaque discussion en les accusant de tout et n’importe quoi sans preuves… La limite entre les deux sera difficile à définir et se fera selon les convictions propres de l’enseignant… J’ai le même genre de problème quand je donne un cours sur les énergies propres en ingénieur. Au vu des chiffres de rendement, entretient, influence sur le réseau, il m’est très difficile de ne pas faire de commentaires sur l'(in)utilité des éoliennes et panneaux photovoltaïques car ce n’est pas mon rôle.

      De ce fait je ne vois personnellement pas comment régler ce genre de risques et je préfère m’abstenir autant que possible de m’impliquer dans cet objectif.

      Bien à toi

      Thibaut

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